ARTISTE

Guirette a toujours peint. A 14 ans, il suit les cours de Mr Mengelatte aux Beaux Art de Tarbes et aujourd’hui cet enseignement le marque encore. La peinture a toujours été son violon d’Ingres.

Un jour, il voit ses 50 ans pointer leur nez et se retourner pour lui faire face avec l’air de dire:  » Alors, qu’est-ce qu’on fait ?  » In petto il répond :  » C’est bon, j’arrête de bosser rien que pour bosser « . Le bonheur était là tapi, impalpable en simple vibration et prêt à rythmer le présent du peintre et de sa création, en laissant passer le temps.

Mélancolie, il ne la connaît pas ! Nostalgie, non plus ! Avec elles, c’est l’embrouille assurée des gris et des noirs.

20 ans de peinture plus loin, il ne regrette toujours rien:  » j’ai fait un choix, c’était pas simple, mais c’était mon plaisir de peindre toute la nuit quand cela me chante, de voyager la tête libre et de vivre sur les terres de l’école buissonnière ».

Sur sa palette s’accrochent toutes les musiques du portrait d’un maestro jusqu’aux bandas et bodéga, de Pampelune à Condom. Deux, voire trois couleurs s’accordent de Ferré à Gainsbourg en traits levés, comme larrons en foire. On les imagine devant quelques bouteilles de guingois, sur un coin de comptoir d’un bistrot rouge rubicond.

Les bruns  » fauve » et les rouges toujours, mettent le feu aux gris et aux noirs de suie. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas tristes chez Guirette et rebondissent sur l’or des cuivres quand un saxo fait la manche sur Manhattan ou quand l’orphéon de la saint Firmin éclate les couleurs au contraste d’ombres charbonneuses.

Les couleurs, les idées, il les attrape au vole, les fixe sur la toile et pose ici une petite touche d’émotion, là un maximum de joie. Elles papillonnent, vibrionnent alla prima, jusqu’au tournis sous le couteau.

Ses sujets sont multiples et se déclinent à l’infini suivant les sentiments et les sensations qui le traversent. La femme, des ballerines au flamenco suggestif et les rêves de nus. Les portraits qui taquinent l’art brut ou le cubisme, les taureaux saisis sous toutes les attitudes, de la manade à l’arène .

Des natures-mortes plus volubiles que tranquilles, aux paysages de Bretagne ou de Provence, du Maroc aux datchas, des villages perchés aux maisons pentues…

Ce sont les meilleurs moments de sa vie qui défilent chamarrés sous nos yeux. Guirette embrasse tout à pleines couleurs, la franchise, l’honnêteté,la générosité, en tout épicurisme de bon aloi et en toute… dérision tendre, positive et fluo.

Jean Louis Avril